samedi 1 août 2015

Love

Gaspar Noé - 2015 



Hublots lourdingues en équilibre instable sur le nez, main sur l’élastique du pantalon, balance la sauce Gaspar, on frétille du caleçon.

L'affiche baveuse au goût tendresse est à l'image du film : bancale. Le cliché t'allume sans réelle classe, puis te léchouille vaguement le creux du cou, pour s'effacer dans un souffle - relent de foutre électrique au fond de la gorge, poils hirsutes et indisciplinés en guise de souvenir, la nuit s'annonce sanguinaire.
Une bonne moitié du film est à jeter : préservatif souillé, lourdé contre un trottoir, l'ouverture manquée fait figure de préliminaires malingres, bâclés.
Malgré ces débuts difficiles , et à l'instar du couple exalté, le film prend peu à peu confiance en lui ; le bougre s'aventure en terrain miné, ENFIN!, soulevant les filles , déliant les langues et broyant les chairs à tour de bite, ne devenant passionnant que lorsqu'il transgresse ses propres règles : mi-trash , mi-niaise, la pellicule se gonfle d'orgueil lors de quelques passages romantiques improbables ( un simple dîner, une promenade), puis écarte allègrement ses cuisses afin de nous éblouir le temps d'un ébat mieux troussé qu'un autre. Gaspar Noé a beau nous proposer un film d'une vaine vanité, dont l'égo sur-dimensionné ruissèle à perdre haleine , l'alchimiste des sens épate - une fois encore- tant la technique est maitrisée. 


Love s'éclate à nous prendre en levrette : la position est familière, le plaisir inconstant; pourtant, bien après la séance, à la lueur d'une ampoule grésillante , il ne serait pas étonnant d'apercevoir, sur le ventre d'une conquête aux cheveux ambrés, l'ombre sibylline de Murphy, errant sur la chair laiteuse de l'amante dont le destin est scellé ..

samedi 20 juin 2015

L'île Nue

Kaneto Shindô - 1960

La justesse des corps ployés sous l'effort, protégés par l'Astre invisible, hypnotise.
Que font-il là, solitaires et courbés, usant leurs forces jusqu'à la mort? cultures miteuses, infertiles, les avez-vous ensorcelés?  habile métaphore du drame Hiroshima  la maladie foudroyante qui frappe l'aîné de manière imprévisible, fait suffoquer. Quelques instants plus tôt, les 4 fantômes reprenaient vie à bord d'un gros bateau blanc,  sublime torpille mécanique, puis déambulaient, sourire aux lèvres, dans la grande ville..
Les phrases m'arrivent par bribes, léchées au tronc par le ressac sucré des vagues -- lorsque la mère verse ses larmes d'eau douce sous le regard magnétique de son mari, le cadrage frôle le mystique. On s'attendrait presque à voir surgir le fils de terre, cheveux en bataille et sabre au poing, souriant vers ses parents, pour ensuite...
Une routine musicale traverse le film, tout de même parsemée d'une poignée d'écarts subtils, jetés à la figure du spectateur à la manière de la gifle silencieuse,

laissons-les, à présent, sur leur île maudite,
l’Éternité les réclame 



mercredi 10 juin 2015

Suzanne

Katell Quillévéré - 2013



Trimballant son mioche d'un plan à l'autre comme un vagabond sa mélancolie, Suzanne déstabilise ses proches avec aisance. L'objectif a parfois du mal à la suivre, semblant ne jamais réussir à la cerner ; son père, perdu sur d'éternelles routes invisibles ne percute pas grand chose. Largué devant l’éternel, ses deux gamines sous le bras, le bougre se donne du mal pour tenter de les faire survivre, malgré la distance qui les sépare - car même s'il peut les toucher du bout des doigts, Suz' et sa frangine font bel et bien partie d'un autre monde. Monotone et apaisé pour l'une, langoureux / décérébré pour l'autre. Les deux midinettes se jettent à corps perdu dans l'aventure.. Rien ne trouble leurs plus profondes pulsions, pas même les murs moites d'une prison sans amour. *Katell Quillévéré* dirige son film avec intelligence : des luttes et des remous, il en saisit l'essentiel, découvrant avec délicatesse toute l'étendue de son carnage : Suzanne , à l'instar des véhicules lancés à fond sur le bitume craquelé, n'est qu'une insaisissable chimère dont l'âme entière appartient à un colosse aux mains d'argiles. Mais, pour combien de temps? 

dimanche 8 mars 2015

mardi 24 février 2015

It Follows

David Robert Mitchell - 2015

Jolie gamine aux jambes crémeuses, pourquoi fuis-tu?
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Dos à l'océan, la silhouette, grignotée par les phares de sa bagnole, annone de tremblants adieux par téléphone. L'halène de la nuit crépite de milles parasites, invisibles insectes nichés aux quatre coins des plans et le silence, étouffant, d'un coup de langue la condamne.
Sur la croûte sans sommeil de la chair adolescente, s'attarde un objectif dont la placidité surprend ; la caméra sait se montrer discrète, permettant ainsi aux corps de s'exprimer comme bon leur semble, de se rouler en boule dans le coin d'une chambre ou de s'étaler , à l'aise, sur le capot d'une voiture. Le film s'impose par sa jeunesse, amorphe, soudée, fourbe mais fidèle; les liens de coeur/d'égo, sont mis en avant, et permettent au récit de se développer autour d'eux, ondulant entre les drames personnels et la violence d'une menace omniprésente, qui ne se gène pas pour transgresser les règles, étalant sa haine hors-limites, flinguant la raison à coups de griffes cannibales.
À l'heure du tout numérique, où les âmes adolescentes sont aspirées par les écrans de poche et où l'on tweet comme on respire, balancer un slasher nommé 'It Follows' sur les toiles est une putain de bonne idée. La baise comme transmetteur et l'Autre comme ennemi, voilà ton calvaire. Tes armes? La confiance aveugle de tes potes et le mouvement, se déplacer, avaler la distance tout en supportant la fatigue qui croît, inlassablement, étirant les chairs au maximum. David Robert Mitchell nous offre son cauchemar en pellicule de sang, la peau usée par les poursuites, suintante de chlore et d'espérance...

samedi 14 février 2015

Le château de Cagliostro

Hayao Miyazaki - 1979


En guise de prélude, Lupin et son comparse nous offrent un braquage survolté, à grands coups de volant , de bagnoles trafiquées et de billets à l'encre humide. Puis, tandis qu'il se noie sous un océan de bifton, le voleur gentleman a une idée: revenir à l'un de ses plus cuisants échecs : le Château de Cagliostro. Tuerie de générique jazzy aux couleurs mélancoliques, non sans rappeler le temps qui court, les bras chargés de nos jeunesses ; le dos calé sur le siège arrière, nous voilà partis à l'Aventure.

À la vue de la délicate princesse emprisonnée, le voleur se mue en Chevalier facétieux, guidé par des pulsions romanesques ; Miyazaki esquisse avec finesse l'amour naissant de ce couple improbable. De leurs regards, de leurs caresses, éclot un équilibre dévoué, de toute son âme à leur juste cause. 

Le rythme soutenu du film n'est jamais un frein au plaisir pur. Lupin s'agite certes beaucoup, mais chacune de ses oscillations finit toujours par trouver une finalité, qu'elle nous fasse rire ou nous étonne. Les personnages jouissent d'une liberté de mouvements hallucinante - le château du terrible Cagliostro devient le théâtre de tous les possibles: truffé de pièges, de passages secrets et protégé par une armée des Ombres fascinante, l'on passe d'une pièce à l'autre en un soupir, guidé par deux flux perpétuellement en mouvement : l'eau et l'amour. Le réalisateur, mécanicien du rythme, s'amuse à faire contraster les scènes de bastonnade générale avec les scènes plus intimes, où Lupin se retrouve face à un interlocuteur unique, que ce soit sa promise, son rival, son alter Ego de flic ou bien le chien, symbole de son échec passé, mais également de sa renaissance. On le découvre alors plus maladroit, plus attentif, tentant gauchement de cacher son dévouement par d'innombrables contorsions.
Tout le film repose sur cet équilibre fragile d'horloger, façonné de contrastes, et c'est sur les aiguilles de la grande Tour que le maître voleur dévoilera son âme, l'oeil pétillant, fixé sur l'horizon.

mardi 10 février 2015

Foxcatcher

Bennett Miller - 2015

Tassé sur son trône aux lignes massives , l'épervier toise la plèbe de son regard carnassier, la bouche entr'ouverte sur l'objectif, prêt à engloutir l'Amérique entière, des orteils à la poitrine .. Un jeune lutteur un peu groggy par les frappes parfaites de son frangin, fraichement débarqué en hélico , trimballe ses larges épaules inébranlables de pièce en pièce, imprégnant le parquet ciré d'une odeur doucereuse de sueur au goût grisaille . Collant ses mirettes au métal froid d'une paire de jumelles ambrées, le voilà qui découvre la biche d'or, l'intouchable maitresse des lieux , juchée sur l'échine de son cheval aux ailes tranchées - si l'on prête attentivement l'oreille, à l'aurore, lorsque l'on se promène aux côtés des geais moqueurs fraichement réveillés, on peut aisément déceler le piaffement des montures faméliques, qui foulent dignement la semence égrainée par les propriétaires des lieux depuis des siècles et des siècles.. Le squelette du renard aux mouvements apathiques hante les immenses pièces de la demeure, habitée depuis toujours par des effluves d'une folie milliardaire bâtie à coups de mitrailleuse, de solitude et d'un dédain princier pour tout ce qui touche au respect de l'homme, de son combat. Le museau plongé dans un tas de poudreuse, le mammifère sent qu'il est temps pour lui de fuir , de déguerpir le plus loin possible , mais pour d'autres il est trop tard, les serres avides de l'Oiseau Fou sont plantées au plus profond des chairs.
Foxcatcher , à la manière d'un animal en chasse, s'immisce lentement dans les esprits, sans se presser. Au fil des secondes qui s’égrainent et recouvrent l'immense propriété d'un pelage froid de neige immaculée, le prédateur déploie ses ailes au maximum, lacérant l'air de son bec, en un râle furieux . La lourdeur des plans entrave quelque peu nos mouvements, impossible de se replier ou même de souffler ; tête à côte irréel avec le diable, et, d'une prise au sol fatale, se crash le volatile.. inconscient, il expose son corps informe et disgracieux aux yeux de tous, espérant encore éblouir une nation depuis toujours désintéressée, et que peut faire une petite cervelle de moineau, face à cette infinie vague d'aliénation?
Il est difficile d'aimer Foxcatcher tant il est farouche et pesant.. Pourtant, une fois la chasse close, on se surprend à repenser à l'animal, et c'est d'un doigt tremblant que l'on caresse la détente...

mardi 20 janvier 2015

The Day He Arrives

Hong Sang-soo - 2001




Emmitouflé dans sa veste rembourrée, un sac à dos fixé aux épaules, Sungjoon déambule dans les méandres de ses souvenirs, le nez fixé vers les nuages qui s'en donnent à coeur joie. Du ciel blanchâtre dégringolent d'audacieux flocons de neige , et ces petits fragments de vie s'accrochent dans les cheveux, sur les manteaux, aux coins des yeux. Le réalisateur trimballe avec lui ses habitudes d'amoureux de l'objectif. La façon dont il gère les espaces, dont il observe les différentes femmes qu'il côtoie, donne l'impression qu'il n'a jamais vraiment quitté sa caméra : c'est lui qui donne le rythme à chaque fois, qui place les autres acteurs comme bon lui semble, disposant à sa guise des figurants. Guidé par une envie terrible d'extase, Sungjoon, en quelques jours seulement, perturbe le tranquille équilibre du quartier de Séoul dont il s'approprie l'âme , rattrapant au vol des bribes entières de sa mémoire. Le film, en apparence très posé, offre pourtant de grands instants de fougue, et toute la frénésie contenue des personnages éclate sans crier gare, dans une minuscule chambre triste ou au détour d'une rue déserte, symbolisée par un baiser teinté de solitude dont les amants semblent se repaitre comme si c'était leur dernier repas. 


Hong Sang-soo captive les esprits sans s'agiter. L'intérêt du film réside dans les détails, les discussions échangées au dessus de verres troubles, dans les lieux que l'on retrouve mainte fois. En fait, on se sent un peu chez nous, quand bien même le film ne dure qu'une heure et quart, c'est à se demander s'il n'est pas magicien. Sungjoon lui-même se retrouve pris au piège, la silhouette lacérée par les griffes du Temps, le regard troublé par sa prise de conscience : est-il, finalement, trop tard?








samedi 17 janvier 2015

My Son, My Son, what have Ye done?

Werner Herzog - 2009


Un titre tout en parole, les derniers mots de l'Être par qui est né le Monstre. A moins que ce murmure ne vienne d'en haut, comme l'insinue le troupeau de nuages amassés au dessus du fils. Obsédé par les oiseaux terrestres , mariés à la poussière pour l'éternité, Hanté par la grâce, l'enfant terrible annone des paroles incohérentes à la face de sa dulcinée , à la masse cette gamine, aveuglée. La maison flamants roses, coulisse d'un théâtre permanent, se retrouve, un beau matin de printemps, en état de siège. Tout le quartier est en alerte, Il a frappé dans la baraque des voisins, Herzog s’engouffre dans une gigantesque faille temporelle au goût folie et nous entraine dans les rapides, bien décidé à nous faire boire la tasse. L'aisance du réalisateur pour nous dépeindre des personnages improbables ne faiblit pas, bien au contraire. Taillés à même le vice, les voilà qui s’immiscent sur la scène de crime, vaguement interrogés par l'inspecteur au regard d'acier. Tous ont trempé dans la liqueur divine et trimballent , de plan en plan, les séquelles causées par un Michael Shannon en grande forme. Il a beau être seul contre le monde, sa silhouette est celle d'un prophète aux multiples confessions et son anatomie tout entière, de la pointe de son sabre au bout de ses cheveux bouclés , annoncent la prophétie : l'Histoire se répète, sorte de sphère couleur ballon de basket, et le flambeau doit être passé. Mais à quel prix?

mercredi 7 janvier 2015

Whiplash

Damien Chazelle - 2014



Les mains crispées sur ses baguettes, Andrew s'entraine derrière la bête, plein d'espoir. La caméra, posée plus loin, dans le corridor, observe. Puis se déplace, avalant goulument la distance qui la sépare du jeune musicien... Fletcher surgit alors dans l'espace musical du gamin, chamboulant son sobre quotidien à coups de baffes, d'invectives, de hurlements . Au fil des minutes qui s'égrainent sur fond de Jazz entêtant, le dominant prend peu à peu ses aises, gagnant du terrain, tandis que le batteur paye de son sang une place qu'il tente de conquérir, par tous les moyens.. Le film s'articule autour de paires, constamment en conflit, et l'objectif se plait à les provoquer, modulant l'espace à sa guise, bousculant les êtres à grand renfort de mouvements imprégnés d'audace. L'austérité des décors détone avec la frénésie contenue dans les cadres, invisible et palpable tourbillon d'émotions, oiseau rythmique dont les ailes semblent avoir essuyé d’innombrables tempêtes musicales, et qui jamais ne se pose.
Abandonnant les effets grossiers à l'extérieur du conservatoire, Damien Chazelle pénètre en ce lieu à l'haleine opaque et talentueuse, la silhouette couverte de déférence, l'objectif grand'ouvert , avide d'harmonie...
Les traits tendus du visage d'Andrew vibrent sous les coups de cravache, et sur ses joues dégoulinantes s'esquissent les traces écarlates d'un effort surhumain, d'une fièvre contagieuse : éventrant d'un coup de poing rageur la peau d'un tambour épuisé , le musicien transcende les codes pour ensuite s'engouffrer sur des portées délestées de toute contrainte, baignant son âme tout entière dans un magma de talent pur.
Au détour d'un contretemps , une Clef de Sol furibonde croise le fer avec deux baguettes malmenées par le prodige en transe qui, du plus profond de son être, remercie son bourreau.

mardi 28 octobre 2014

Fury

David Ayer - 2014 




Robuste et fier, l'animal aux lourdes chenilles cuivrées, tapi dans l'ombre rassurante d'un cimetière monochrome, observe à travers l'oeil de son canon 75 mm la proie.. Vêtu d'un uniforme souillé, Hadès, juché sur sa monture immaculée, trotte imprudemment entre les carcasses carbonisées des multiples chars tombés au combat, écrabouillés par la Fureur du conflit et régurgités pêle-mêle sur le sol bourbeux de cette Plaine des asphodèles hantée par une poignée de chimères dont les gueules fatiguées n'entravent aucunement leur envie d'en découdre ; le regard souligné de crasse, les cheveux plaqués à l'arrière de son crâne épuisé, Wardaddy jaillit sur son bourreau, découpe silencieusement sa chair et , scrutant le fond de l'âme du blanc cheval, dicte son message aux Puissants: pas encore. Revenu d'entre les morts , Fury, et, à son bord, les 4 trompe-la-mort hirsutes, s’octroie quelques instants de pause, ce qu'il faut de temps pour se réapprovisionner en munitions et embarquer un gamin au regard éthéré, symbole (un poil trop étudié) d'une jeunesse intacte porteuse d'espoir.. La bordélique équipée s'engage alors sur une route pavée de corps fangeux, roulant allègrement sur ces squelettes broyés à l’extrême , avalés par un sol hostile pétri de pièges... David Ayer alterne les points de vue (celui du char, de Wardaddy et d'la recrue) avec aisance et nous propulse dans l’âpreté de combats virulents, mâtinés de fougue, modulant l'espace-temps au gré de la folie de ses personnages : impossible d'occulter la dureté des images, l'agressivité des corps hurlant à la frontière du Trépas. Les chairs sont malaxées par les griffes de la Guerre, les âmes saignent, les viandes boursouflées de cadavres ambulants hantent la plupart des plans, et ce sont bien des larmes d'eau bénite qui ruissèlent sur les joues du Christ assassiné par balles 7 mm, dépassé par l'horreur d'une réalité à laquelle il n'appartient plus depuis son sacrifice . Des cendres du monde annihilé s'élève en volutes discrètes une vulnérable mélodie composée sur les restes d'un piano centenaire. Les touches égratignées de l'instrument témoignent de la présence de cette armée de spectres aux vies tronquées, qui à jamais se battent, à leur manière, contre l'indifférence.

mardi 2 septembre 2014

Enemy

2013 - Dennis Villeneuve


A pas de loup, patte de velours, discret comme l'araignée qui dans un coin épie ses proies, Jack/Adam/Anthony se tisse une destinée aux multiples détours. Du Langage naissent une poignée de personnages aux desseins complexes, obnubilés par une seule et même entité: la figure féminine. Femme fatale, fidèle ou castratrice, elles envahissent l'espace comme autant de mouches bourdonnantes , attirées par l’odeur douceâtre d'une charogne putréfiée. L’arachnide décide alors de se mouvoir d'une vie à l'autre,  moto entre les cuisses, corps tremblants aux bout des doigts, cachant à peine son visage lorsqu'une femelle, du talon, menace de l'écraser.. Mais, à trop vouloir , l'insecte s'éparpille , le fil du récit se déforme - au grand dam des consciences - et l'araignée se retrouve prise à son propre piège : incapable de distinguer le vrai du faux, la voilà qui dévore ses propres fantasmes, annihilant ses chances de rédemption.  A l'instar d'un film qui se rembobine ou se regarde en boucle, l'homme araignée désirait juste se créer un univers dont il serait le pilastre central qui jamais ne ploie sous la contrainte, ni le remords .  



samedi 9 août 2014

L'Enfer des Zombies ( Zombi 2)

Lucio Fulci - 1979


Emberlificotée contre l'orbite d'un corps putride, une poignée de vers grignote - grignote - grignote et se tortille au son entêtant des percussions vaudous. La mélopée résonne à l'intérieur de cette boite crânienne fondue, cadavre dégueulasse, recouvert d'une terre aux relents de Mort, boum - boum - boum un métronome taré bat la mesure, (splendide travail sur la musique et les effets sonores) affolant toujours plus les rescapés : la trouille lèche leurs corps baignés d'une sueur au goût de sable, car oui, le décor est tropical. Ile mystérieuse et condamnée, eau capricieuse, reflets turquoises, Lucio Fulci a parfaitement choisi son cadre, le modelant au gré de ses envies les plus malsaines. Susan, seins nus, sanglée au maillot , frétillant appas, affrontera seule (et la première) cette démesure. Olga Karlatos n'est pas en reste, bien au contraire : ses apparitions sont certes peu nombreuses mais dégoulinantes d'effroi. Ainsi, l'exquise silhouette aux hanches folles s'approprie la plus géniale séquence du film , le corps pressé contre cette porte vermoulue, bataille acharnée de l'Ombre à la Lumière, elle qui, quelques instants plus tôt , invitait inconsciemment l'horrible créature à la dégustation -visuelle d'abord- de sa chair. Tisa Farrow se montre plus discrète, ne dévoilant que rarement son anatomie, ses émotions..  par souci de prudence, peut être?


 D'entrée de jeu l'hémoglobine envahit l'espace, éclaboussant les âmes à jamais contaminées de ces pauvres bougres embarqués dans cette terrible histoire mais également celles des spectateurs hébétés. L'idée est de nous montrer qu'aucune cachette n'est fiable.. c'est pas un pauvre écran 'télé qui va nous protéger, l'océan, des médecins ainsi qu'une flopée de flingues n'y sont pas parvenus,alors pense-tu que ta zappette suffira à repousser la menace.. Et puis cette musique entêtante qui s'imprime dans les esprits, un thème en apparence tranquille qui ne révèle toute sa puissance qu'une fois le générique de fin achevé... A l'instar de l’hôpital/sanctuaire de l'île, là où le virus se gargarise de chair et se propage avidement sur les visages apeurés, le film lui-même semble être porteur de cette effroyable vérité : la folie d'un petit nombre ne connait pas de limite à la Terreur de tous les autres. 



jeudi 7 août 2014

Night Moves

Kelly Reichardt - 2014



Tapie au sein de l'obscurité rassurante d'une nuit sans étoile, l'embarcation glisse sa carcasse assassine en un clapotis discret. A son bord, 3 fantômes, le regard braqué au loin, devinant l'objectif, immuable construction de béton vêtue, coulée par les hommes, dressant son indécente silhouette par delà les flots. Le coup est méticuleusement préparé, pourtant, c'est bien l'ombre du doute qui flotte au dessus des têtes. L’échine courbée, un bonnet sombre enfoncé jusqu'aux yeux, Josh s'adonne sobrement aux tâches à accomplir, omettant carrément d'assurer ses arrières : le gamin, aveuglé, happé par la Nuit, tourne le dos aux relations humaines, préférant se murer dans un silence aux poses effarouchées de bêtes sauvages. Ce sont bien les éléments naturels qui agissent à la place du garçon. Lui qui bouillonne de l'intérieur trouve une réplique parfaite à sa placidité en ce flot meurtrier de la rivière qui, enfin libérée, s'amuse à faire ce dont il est incapable : submerger, envahir . Kelly Reichardt apprivoise la nuit, la filmant d'abord avec retenue, par bribes, pour ensuite en draper totalement ses personnages : tout ce qui apparait dans le cadre est englouti, au fond des yeux du type elle brûle, s'étend jusqu'à bouffer son âme . L'enfant borné, au service des Ténèbres, doucement se consume sous le joug de cette entité millénaire dont il semble avoir été forgé, pas tout à fait prêt encore à se laisser mourir.

dimanche 20 juillet 2014

Under the Skin

Jonathan Glazer - 2014



Le sexe dressé vers les étoiles, le troisième homme s'enfonce sans rechigner dans le liquide de son linceul, l'épiderme frissonnant - la poitrine à demi dénudée de Scarlett hypnotise les rétines, délicat mouvement de balancier initié par ses hanches, les esprits se troublent au contact de son ombre, affamée. Obnubilée par l'invasion en cours, la veuve noire ne prend le temps de rien, emprisonnée dans sa camionnette, à l'affut du moindre corps susceptible d'être possédé. Nul besoin de se restaurer ou de dormir, l'envahisseur est allergique à ce qui fait de nous des hommes. Elle maintient avec application sa figure neutre, aucune émotion ne passe, de la compassion à la peur, aucune faiblesse ne transparaît - quelques sourires tout de même lorsqu'elle accoste ses proies, faut bien ruser.. Mais d'un visage difforme naîtra le questionnement, qu'est ce qui se cache sous ces plis de chair disgracieux? L'ogre aux mains délicates, incapable de bander, la pousse à la faute, jolie pucelle au teint lacté, la voilà qui se réfugie dans les bras de l'homme bon, hors espace, à l'abris du temps. Mais ses semblables veillent, et ce coup d’œil dans le miroir révélateur à tout d'une déclaration de mort : la silhouette vêtue de cuir enfourche sa puissante monture et s'engouffre dans cette terrible chasse à l'autre, au confins d'une galaxie intérieure, trépignante d'envie à l'idée d'être explorée.