Mary, La main gantée de noir, enfonce avec vigueur la pointe d'un instrument chirurgical dans le pli mollasson d'un abdomen flasque, placide, le ventre gras d'une volaille trépassée. Ses iris flamboient, envoutés, comme nous, par cette concentration frénétique qu'éprouve la jeune femme à chacun de ses coups de scalpel, son autonomie appelant, dès le début, à la démesure de ses pratiques. L'épiderme de ses clients a beau suinter la démence, Mary n'y prend garde, allant même jusqu'à les couvrir malicieusement du regard, appuyant avec une avidité toute enfantine sur le bouton de son appareil photo. Sa nonchalance n'est que tromperie, une sorte de carapace déployée à la tronche des types qu'elle croise et qui l'importunent, une sorte de bouclier qu'elle rejette à l'envie, et qui, une fois à terre, amplifie son génie à l'infini. La force du personnage réside dans sa capacité à absorber les êtres et le décor, peu importe le lieu, les interlocuteurs, la silhouette de la jeune femme s'impose à la manière DU créateur que l'on oserait toucher, sous peine de voir notre corps se transformer diaboliquement en une enveloppe flétrie et inutile, fascinante à regarder mais si peu encline à satisfaire nos besoins d'humains qu'il ne nous resterait qu'à l'abandonner.
dimanche 23 février 2014
samedi 18 janvier 2014
Les Brasiers de la Colère
Scott Cooper - 2014
Une main crevassée où s'emmêlent de lourdes années de labeur, pince
habilement les cordes d'un instrument malade. L'aciérie, comme un
refrain fredonné de la bouche d'un souvenir, revient sans cesse,
dressant ses immenses tubulures gorgées de fonte sous la trachée des
nuages, crevant le ciel et l'espace, empêchant les êtres de progresser
librement.. Une poignée de ploucs, vaguement familiers, luttent de
toute la rage de leurs os meurtris contre ce destin brumeux aux
phalanges rouge sang ; courbant l'échine face à la violence mais jamais
face au danger, Russell Baze encaisse sans sourciller l'avalanche de
coups bas qui lui fracasse l'âme, voilant sporadiquement son regard. Le
chien fou, son jeune frère, gratte frénétiquement la terre stérile de
son existence menacée , mordant maintes fois la poussière, reniflant la
mort comme d'autre la came sur le dos d'une cuillère rouillée. Les
allers-retours entre l'antre de la bête et le bercail à Braddock sont
les seuls instants de quiétude octroyés aux deux frangins; même contre
la chair de sa promise, l'inlassable ouvrier est tiré du lit.. L'appel
de l'aciérie résonne entre les trois accords de cette guitare
ensanglantée, l'arme au poing, l'esprit délié de toute matière, l'homme
appuie machinalement sur la détente, ultime exhortation au repos
éternel, sans bruit, le mirage s'estompe..
jeudi 26 décembre 2013
Cani Arrabbiati
Mario Bava - 1974
Coincé entre deux squelettes dégoulinants de sueur, l'enfant tremblote, malade - ils le sont tous. L'iris bouillonnant de l'objectif encercle les passagers, pénètre leurs âmes et, au gré des kilomètres, expose doucement leurs plus intimes pulsions. Rongés par la haine,abrutis de violence, les 3 complices n'épargnent rien à leurs otages.. Sous la face rougeoyante d'un soleil de plomb se joue un drame d'une toute puissante finesse, efficacement mené par une brochette d'énergumènes déphasés. Avec ses airs de road movie décomplexé, l'haletante débandade laisse apparaître dans son sillage une ecchymose cuisante de cruauté, dont quelques clébards errants pourront se délecter.
samedi 9 novembre 2013
Snowpiercer - Le Transperceneige
Bong Joon Ho - 2013
L'arche métallique dévore des kilomètres de rails aussi frénétiquement
que les crasseux du dernier wagon leurs protéines gluantes. Sous la dent
malicieuse d'un gamin joueur, une balle, évident réceptacle de mots
déclencheurs de Révolte, est précieusement recueillie par les mains
coupables du (ridicule) chef Curtis. Les laissés-pour-compte crient
Vengeance, la Rage, ancrée dans tous les corps même mutilés bouillonne,
des plans pénibles d'explications douteuses s'enchainent et.. Les portes
du Wagon s'ouvrent enfin, la fine barrière à blanc qui retenait les
pauvres bougres dans leur ghetto est franchie, les hommes et femmes
courent en glapissant, bondissent en s'égosillant. L'ossature de la
machine est alors décortiquée : surprise, son estomac ne réserve rien
d'inouïe, accumulant même les facilités scénaristiques sur l'autel
bafoué du grand Spectacle. Qui, pour être intéressé? Le petit Créateur,
en peignoir babillant, se joue de nous. Seul couple captivant, le père
et sa gamine, indéchiffrable silhouette à l'esprit ravagé par la came;
entre leurs doigts agiles s'effritent les cubes explosifs, se glissant
dans le mouvement perpétuel du train dans le seul but de Survivre, pour
de vrai, pour de bon, s'éloigner à tout prix de ce Transperceneige
fumeux, débile et dérisoire.
mardi 15 octobre 2013
Vandal
Hélier Cisterne - 2013
Les poches saturées de bombes colorées, le visage mangé par une capuche,
Chérif colle au train de son cousin - le meneur ; les deux ombres
enjambent sans regret le rebord de fenêtre pour se laisser adroitement
tomber dans la gueule des Ténèbres. La nuit, doucement les renifle, les
lèche puis les avale; commence alors la palpitante quête du spot
parfait. Apposer sa griffe sur un pan de mur visible par tous compte
plus que la qualité du graff elle-même ; estomaqués qu'un mec, seul,
étale son blase avec autant d'aisance et de maitrise sous leur nez et
sur leur territoire, les Ork fulminent et partent en guerre.. La caméra
d'Hélier Cisterne épouse les formes de ses personnages, les révélant à
la manière de leur art : instinctifs, imprévisibles et surtout libres.
La gueule contre le sol, en haut d'une tour ou sur la bouche d'une
fille, Chérif tente tant bien que mal de s'adapter, courbant l'échine de
temps à autre pour mieux se redresser, la rage aux poings, debout sur
la chape de béton qui couvre son propre tombeau gorgé de culpabilité :
un poids énorme qu'il piétine furieusement, les yeux rivés sur un
fantôme : Vandal.
mardi 24 septembre 2013
Northwest
Michael Noer - 2013
L'ombre encapuchonnée navigue d'une pièce à l'autre de la demeure, déployant furtivement son bras agile afin d'saisir les objets qui l'intéressent. Casper - famélique fantôme au regard d'acier- assure. Il dépose ses sacs remplis de camelotes aux pieds de deux caïds, chargés de tout revendre, mais le jeune homme veut plus - sa meuf paye les consos. Il fricote alors avec le crime organisé : un rail de poudre dans le museau plus tard, le voilà propulsé dans la cour des grands, tirant in extremis sa chair, son sang, à l'arrière de son scoot fumant. Brouillage ethnique, flingues percutants et joutes verbales, Northwest se drape d'un classicisme assumé, s'échinant tout de même à produire quelques instants de rage pure, collant les deux frangins de près; une alchimie fragile prend forme, barrant la route à toute figure féminine. Ce monde hostile distribue les coups dans la gueule comme Bjorn les billets sales, les petits bras de la gamine ont beau serrer son cou, la vie ne lui fera pas de cadeau . Les poumons éclatés, le froc souillé de merde, l'esprit en vrac, l'objectif s'recroqueville doucement au pied de sa propre tombe, vaguement conscient de la mélasse dans laquelle il s'est fourré.
jeudi 19 septembre 2013
Parents
Bob Balaban - 1989
Pieds nus sur la moquette immaculée, la main crispée sur une lampe torche, le jeune Michael avance silencieusement dans le couloir, entraîné deep down dans le garage par le pan de sa robe de chambre auquel Dame curiosité s'accroche... Quelques gouttes de frousse enfantine savamment distillées font la course aux coins de ses tempes, l'atmosphère lyophilisée de cette banlieue parfaite s'alourdit, les morceaux de viande frémissent sous la découpe et l'onirique carnage imaginé par l'enfant doucement se relève. Balaban s'éclate à tisser des liens complexes entre le monde de l'enfance et celui des adultes, tartinant ses dialogues d'ironiques répliques et privilégiant un point de vue interne bourré de références, celui du gamin. Le film fourmille de détails amusants et n'attend de nous qu'une chose : que l'on se mette à table .
lundi 16 septembre 2013
Le Dernier pub avant la fin du monde
Edgar Wright - 2013
Les babines couvertes de mousseuse, la gueule en vrac, le King tape un ultime doigt au temps qui passe, gesticulant dans tous les sens, moquant la Mort et l'oubli à califourchon sur sa Jeunesse, fougueuse monture qu'il n'a jamais quittée. Tiraillé par la peur et le regret, le chef des mousquetaires se perd en babillages incessants, déversant un flot continu d'inepties, de vannes médiocres, essayant tant bien que mal de se démener sur un terrain qui , vu la prestance de ses 4 comparses, est d'ores et déjà conquis. Entre deux pintes d'ambrée le Rythme s'emballe, imbibé jusqu'aux os , les veines suintant l'alcool et la pisse colorée, enfin quelques éclats d'envie, par ci, par là, jalousement éparpillés aux quatre coins du cadre à peine chahuté, bruyant délire mégalo d'un Simon Pegg excessif d'un bout à l'autre du barathon : pénible. Wright peine à finir son verre, incohérent, inconstant et trop édulcoré; Nick Frost lui-même semble écrasé par l'ivre poids de son alcolyte: à décuver.
jeudi 12 septembre 2013
Ebola Syndrome
Herman Yau - 1996
Une flopée d'images virulentes se bouffent à l'écran, Sperme Sang Salive, dégueulasse trinité qui gicle en geysers dans la tronche des protagonistes, infectés par le Virus. De violents coups de mâchoires mastiquent la chair humaine broyée, servie par Anthony Wong, dégénéré. L'animal infecté agite sa queue dressée, maestro cannibale, aux quatre coins du globe en ricanant, guidé par ses pulsions dévastatrices. Yau dirige son sanglant bordel d'une main experte, n'hésitant pas à traîner sa caméra dans les entrailles du Genre humain, collant la gerbe à maintes reprises, et puis toujours ces drôles de dialogues incongrus qui enveloppent la pellicule d'une légère croûte d'ironie cocasse.
mardi 13 août 2013
Headshot
Pen-ek Ratanaruang - 2012
Le canon du gun mystique plaqué contre sa hanche lui procure une sensation de puissance. Sans trembler, le bon flic dégaine et presse sur la détente *BAM* *BAM* les balles transpercent les chairs, les corps vibrent et s'effondrent, la rage de vivre l'habite, dégouline de sa tête EN VRAC, sans dessus dessus est le monde et ses convictions partent en fumée. Les femmes sont belles, leurs croupes transpirent le Plaisir, borderline, le flic déchu tente de se raccrocher à la corde d'ébène au relent d'amour, en vain. Mystique et violent, sensuel et bestial, Headshot ne fait pas dans la demi mesure : il vit pleinement.
lundi 12 août 2013
L'âge atomique
Helena Klotz - 2012
Une étoile solitaire vomit quelques notes sur le trottoir, deux astres
légèrement ivres les saisissent au vol, abasourdis; assourdissante envie
d'exister , de poser leurs mains sur un corps frémissant, vivant. Le
cadre est sombre, les êtres stellaires : brève et essentielle, tel est
le trait de leur existence, fusée rougeâtre qui transperce la raison,
errance totale d'un bout à l'autre de l'univers, leur arme? les mots,
bien assemblés, les mots qui blessent et qui rassurent, les mots qui
plongent en un murmure au fond de l'âme, les mots qui se dispersent,
capables de transformer un amas de béton en bruyère, petite giclure de
désespoir au coin des yeux, les mots enfin, que personne ne prononce
avant l'aurore, les mots encerclés d'Or, les mots sur lesquels on se
couche, tremblant de rage, une cigarette éteinte à la bouche...
vendredi 9 août 2013
SYMBOL
Hitoshi Matsumoto - 2009
Le sexe d'un ange à portée de doigt et l'espace infini d'un esprit
joueur sous les pieds, l'Homme ouvre la bouche, ébahi. Happé par la
Surprise et manipulé par la peur, le type plonge en plein caucherève
avec pour seule bouée l'espoir qu'un de ces interrupteurs l'aide à
sortir d'ici. Mais il est prisonnier d'un univers complexe, qui évolue
selon ses propres règles : cohérence mesurée, foutoir lapidaire et sushi
frais sont bien maitres suprêmes en ces lieux et le catcheur à la peau
gluante n'est pas prêt pour ce combat. Matsumoto enchaine les plans
culottés comme un samurai shooté au crack les découpages de chair, avec
toujours ce soucis de pureté loufoque lové au creux de l'objectif;
joyeux bordel onirique que ce "SYMBOL" qui réalise un épatant FACEWASH
dans la trogne de son adversaire : l'ennui.
Saya Zamuraï
Hitoshi Matsumoto - 2011
Allongé au bord d'un lac enrobé de pénombre, le samouraï déchu panse ses
plaies - les mains habiles de sa progéniture parcourent ses omoplates,
couvrant les déchirures de plantes médicinales. Le trou béant de son
fourreau suinte la peur et lui rappelle à chaque regard sa condition de
banni, l'ombre de sa femme perdue à jamais le hante, triste bonhomme à
lunettes en fuite, perpétuelle, jusqu'au jour où.. Sous les yeux éteints
du prince Meurtri, Kanjuro Nomi s'éveille enfin, déployant une énergie
surhumaine pour tenter de lui arracher un sourire, ne reculant devant
aucune pitrerie susceptible d'éveiller l'intérêt du jeune garçon. C'est à
cheval sur une poutre mécanique ou bien encore au creux d'un canon
géant que l'ancien Samurai déjouera les plans de la Mort, lui décochant
de multiples pieds de nez, osant même lui faire face et la heurter de
plein fouet. Habilement, Hitoshi Matsumoto insuffle à son oeuvre un vent
de douce folie, une brise théâtrale des plus rafraichissante, sans
jamais tomber dans l'overdose. Les sourires s'esquissent timidement
tandis que les regards pétillent, tout est question de patience et de
contraste entre les corps recroquevillés et celui qui explose, le
mouvement continu comme arme tranchante contre l'oubli, quelques gouttes
d'imagination feront-elles taire l'Hara-Kiri?
samedi 13 juillet 2013
Postman Blues
Hiroyuki Tanaka - 1997
L'auriculaire coupé roule sur le bois d'une table tachée, dégringole et se cache sous une enveloppe à demi déchirée. Le facteur, d'un geste tremblant, le découvre, quelques centimètres de chair ensanglantée, la course contre la montre est lancée.. L'ombre souriante de la femme rêvée, se dessine au gré des lignes tracées à la main - petit coursier pédale contre ton destin. La valse de la Mort t'attire irrémédiablement, mais tant qu'il te reste des forces, pédale en souriant, les flics la morale les maladies ne peuvent RIEN y changer, l'innocence de tes actes est scellée, l'Ennui lui même baisse sa garde parce qu'après tout, on a tous le droit de vivre et d'aimer.
vendredi 12 juillet 2013
World War Z
Marc Forster - 2013
Angoissée, enragée , les babines retroussées, l'ombre d'un mortifié foudroie la foule en panique, l'est pas normal ce gars là , il hume l'air et se déplace comme un fauve, fais gaffe' ondulation et froissement de taule, le grand bouleversement, radical, l'espèce humaine est menacée, l'espèce humaine est piétinée. Déferlement de corps amochés, le Destin dégueule un torrent d'organismes contaminés, y'en a partout, fanatiques fourmis attirées par les glapissements de peur de ces êtres noyés dans cette farce immense, le cinéma n'est plus qu'une tour de verre que l'on brise à coups de hache, les cerveaux sont touchés, la caméra martelée, du Ciel, silence radio, la liaison est coupée. Tout de même, quelle satisfaction de voir ces colonnes humaines, ces fondations bien vivantes, se former au rythme des battements de peur, personne n'est en sécurité, à part peut être quelques privilégiés dont nous ne feront jamais partie..
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