dimanche 8 mars 2015
mardi 24 février 2015
It Follows
David Robert Mitchell - 2015
Jolie gamine aux jambes crémeuses, pourquoi fuis-tu?
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Dos à l'océan, la silhouette, grignotée par les phares de sa bagnole, annone de tremblants adieux par téléphone. L'halène de la nuit crépite de milles parasites, invisibles insectes nichés aux quatre coins des plans et le silence, étouffant, d'un coup de langue la condamne.
Sur la croûte sans sommeil de la chair adolescente, s'attarde un objectif dont la placidité surprend ; la caméra sait se montrer discrète, permettant ainsi aux corps de s'exprimer comme bon leur semble, de se rouler en boule dans le coin d'une chambre ou de s'étaler , à l'aise, sur le capot d'une voiture. Le film s'impose par sa jeunesse, amorphe, soudée, fourbe mais fidèle; les liens de coeur/d'égo, sont mis en avant, et permettent au récit de se développer autour d'eux, ondulant entre les drames personnels et la violence d'une menace omniprésente, qui ne se gène pas pour transgresser les règles, étalant sa haine hors-limites, flinguant la raison à coups de griffes cannibales.
À l'heure du tout numérique, où les âmes adolescentes sont aspirées par les écrans de poche et où l'on tweet comme on respire, balancer un slasher nommé 'It Follows' sur les toiles est une putain de bonne idée. La baise comme transmetteur et l'Autre comme ennemi, voilà ton calvaire. Tes armes? La confiance aveugle de tes potes et le mouvement, se déplacer, avaler la distance tout en supportant la fatigue qui croît, inlassablement, étirant les chairs au maximum. David Robert Mitchell nous offre son cauchemar en pellicule de sang, la peau usée par les poursuites, suintante de chlore et d'espérance...
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Dos à l'océan, la silhouette, grignotée par les phares de sa bagnole, annone de tremblants adieux par téléphone. L'halène de la nuit crépite de milles parasites, invisibles insectes nichés aux quatre coins des plans et le silence, étouffant, d'un coup de langue la condamne.
Sur la croûte sans sommeil de la chair adolescente, s'attarde un objectif dont la placidité surprend ; la caméra sait se montrer discrète, permettant ainsi aux corps de s'exprimer comme bon leur semble, de se rouler en boule dans le coin d'une chambre ou de s'étaler , à l'aise, sur le capot d'une voiture. Le film s'impose par sa jeunesse, amorphe, soudée, fourbe mais fidèle; les liens de coeur/d'égo, sont mis en avant, et permettent au récit de se développer autour d'eux, ondulant entre les drames personnels et la violence d'une menace omniprésente, qui ne se gène pas pour transgresser les règles, étalant sa haine hors-limites, flinguant la raison à coups de griffes cannibales.
À l'heure du tout numérique, où les âmes adolescentes sont aspirées par les écrans de poche et où l'on tweet comme on respire, balancer un slasher nommé 'It Follows' sur les toiles est une putain de bonne idée. La baise comme transmetteur et l'Autre comme ennemi, voilà ton calvaire. Tes armes? La confiance aveugle de tes potes et le mouvement, se déplacer, avaler la distance tout en supportant la fatigue qui croît, inlassablement, étirant les chairs au maximum. David Robert Mitchell nous offre son cauchemar en pellicule de sang, la peau usée par les poursuites, suintante de chlore et d'espérance...
samedi 14 février 2015
Le château de Cagliostro
Hayao Miyazaki - 1979
En guise de prélude, Lupin et son comparse nous offrent un braquage survolté, à grands coups de volant , de bagnoles trafiquées et de billets à l'encre humide. Puis, tandis qu'il se noie sous un océan de bifton, le voleur gentleman a une idée: revenir à l'un de ses plus cuisants échecs : le Château de Cagliostro. Tuerie de générique jazzy aux couleurs mélancoliques, non sans rappeler le temps qui court, les bras chargés de nos jeunesses ; le dos calé sur le siège arrière, nous voilà partis à l'Aventure.
À la vue de la délicate princesse emprisonnée, le voleur se mue en Chevalier facétieux, guidé par des pulsions romanesques ; Miyazaki esquisse avec finesse l'amour naissant de ce couple improbable. De leurs regards, de leurs caresses, éclot un équilibre dévoué, de toute son âme à leur juste cause.
Le rythme soutenu du film n'est jamais un frein au plaisir pur. Lupin s'agite certes beaucoup, mais chacune de ses oscillations finit toujours par trouver une finalité, qu'elle nous fasse rire ou nous étonne. Les personnages jouissent d'une liberté de mouvements hallucinante - le château du terrible Cagliostro devient le théâtre de tous les possibles: truffé de pièges, de passages secrets et protégé par une armée des Ombres fascinante, l'on passe d'une pièce à l'autre en un soupir, guidé par deux flux perpétuellement en mouvement : l'eau et l'amour. Le réalisateur, mécanicien du rythme, s'amuse à faire contraster les scènes de bastonnade générale avec les scènes plus intimes, où Lupin se retrouve face à un interlocuteur unique, que ce soit sa promise, son rival, son alter Ego de flic ou bien le chien, symbole de son échec passé, mais également de sa renaissance. On le découvre alors plus maladroit, plus attentif, tentant gauchement de cacher son dévouement par d'innombrables contorsions.
Tout le film repose sur cet équilibre fragile d'horloger, façonné de contrastes, et c'est sur les aiguilles de la grande Tour que le maître voleur dévoilera son âme, l'oeil pétillant, fixé sur l'horizon.
À la vue de la délicate princesse emprisonnée, le voleur se mue en Chevalier facétieux, guidé par des pulsions romanesques ; Miyazaki esquisse avec finesse l'amour naissant de ce couple improbable. De leurs regards, de leurs caresses, éclot un équilibre dévoué, de toute son âme à leur juste cause.
Le rythme soutenu du film n'est jamais un frein au plaisir pur. Lupin s'agite certes beaucoup, mais chacune de ses oscillations finit toujours par trouver une finalité, qu'elle nous fasse rire ou nous étonne. Les personnages jouissent d'une liberté de mouvements hallucinante - le château du terrible Cagliostro devient le théâtre de tous les possibles: truffé de pièges, de passages secrets et protégé par une armée des Ombres fascinante, l'on passe d'une pièce à l'autre en un soupir, guidé par deux flux perpétuellement en mouvement : l'eau et l'amour. Le réalisateur, mécanicien du rythme, s'amuse à faire contraster les scènes de bastonnade générale avec les scènes plus intimes, où Lupin se retrouve face à un interlocuteur unique, que ce soit sa promise, son rival, son alter Ego de flic ou bien le chien, symbole de son échec passé, mais également de sa renaissance. On le découvre alors plus maladroit, plus attentif, tentant gauchement de cacher son dévouement par d'innombrables contorsions.
Tout le film repose sur cet équilibre fragile d'horloger, façonné de contrastes, et c'est sur les aiguilles de la grande Tour que le maître voleur dévoilera son âme, l'oeil pétillant, fixé sur l'horizon.
mardi 10 février 2015
Foxcatcher
Bennett Miller - 2015
Tassé sur son trône aux lignes massives ,
l'épervier toise la plèbe de son regard carnassier, la bouche
entr'ouverte sur l'objectif, prêt à engloutir l'Amérique entière, des
orteils à la poitrine .. Un jeune lutteur un peu groggy par les frappes
parfaites de son frangin, fraichement débarqué en hélico , trimballe ses
larges épaules inébranlables de pièce en pièce, imprégnant le parquet
ciré d'une odeur doucereuse de sueur au goût grisaille . Collant ses
mirettes au métal froid d'une paire de jumelles ambrées, le voilà qui
découvre la biche d'or, l'intouchable maitresse des lieux , juchée sur
l'échine de son cheval aux ailes tranchées - si l'on prête attentivement
l'oreille, à l'aurore, lorsque l'on se promène aux côtés des geais
moqueurs fraichement réveillés, on peut aisément déceler le piaffement
des montures faméliques, qui foulent dignement la semence égrainée par
les propriétaires des lieux depuis des siècles et des siècles.. Le
squelette du renard aux mouvements apathiques hante les immenses pièces
de la demeure, habitée depuis toujours par des effluves d'une folie
milliardaire bâtie à coups de mitrailleuse, de solitude et d'un dédain
princier pour tout ce qui touche au respect de l'homme, de son combat.
Le museau plongé dans un tas de poudreuse, le mammifère sent qu'il est
temps pour lui de fuir , de déguerpir le plus loin possible , mais pour
d'autres il est trop tard, les serres avides de l'Oiseau Fou sont
plantées au plus profond des chairs.
Foxcatcher , à la manière d'un animal en chasse, s'immisce lentement dans les esprits, sans se presser. Au fil des secondes qui s’égrainent et recouvrent l'immense propriété d'un pelage froid de neige immaculée, le prédateur déploie ses ailes au maximum, lacérant l'air de son bec, en un râle furieux . La lourdeur des plans entrave quelque peu nos mouvements, impossible de se replier ou même de souffler ; tête à côte irréel avec le diable, et, d'une prise au sol fatale, se crash le volatile.. inconscient, il expose son corps informe et disgracieux aux yeux de tous, espérant encore éblouir une nation depuis toujours désintéressée, et que peut faire une petite cervelle de moineau, face à cette infinie vague d'aliénation?
Il est difficile d'aimer Foxcatcher tant il est farouche et pesant.. Pourtant, une fois la chasse close, on se surprend à repenser à l'animal, et c'est d'un doigt tremblant que l'on caresse la détente...
Foxcatcher , à la manière d'un animal en chasse, s'immisce lentement dans les esprits, sans se presser. Au fil des secondes qui s’égrainent et recouvrent l'immense propriété d'un pelage froid de neige immaculée, le prédateur déploie ses ailes au maximum, lacérant l'air de son bec, en un râle furieux . La lourdeur des plans entrave quelque peu nos mouvements, impossible de se replier ou même de souffler ; tête à côte irréel avec le diable, et, d'une prise au sol fatale, se crash le volatile.. inconscient, il expose son corps informe et disgracieux aux yeux de tous, espérant encore éblouir une nation depuis toujours désintéressée, et que peut faire une petite cervelle de moineau, face à cette infinie vague d'aliénation?
Il est difficile d'aimer Foxcatcher tant il est farouche et pesant.. Pourtant, une fois la chasse close, on se surprend à repenser à l'animal, et c'est d'un doigt tremblant que l'on caresse la détente...
mardi 20 janvier 2015
The Day He Arrives
Hong Sang-soo - 2001
Emmitouflé dans sa veste rembourrée, un sac à dos fixé aux épaules,
Sungjoon déambule dans les méandres de ses souvenirs, le nez fixé vers
les nuages qui s'en donnent à coeur joie. Du ciel blanchâtre
dégringolent d'audacieux flocons de neige , et ces petits fragments de
vie s'accrochent dans les cheveux, sur les manteaux, aux coins des yeux.
Le réalisateur trimballe avec lui ses habitudes d'amoureux de
l'objectif. La façon dont il gère les espaces, dont il observe les
différentes femmes qu'il côtoie, donne l'impression qu'il n'a jamais
vraiment quitté sa caméra : c'est lui qui donne le rythme à chaque fois,
qui place les autres acteurs comme bon lui semble, disposant à sa guise
des figurants. Guidé par une envie terrible d'extase, Sungjoon, en
quelques jours seulement, perturbe le tranquille équilibre du quartier
de Séoul dont il s'approprie l'âme , rattrapant au vol des bribes
entières de sa mémoire. Le film, en apparence très posé, offre pourtant
de grands instants de fougue, et toute la frénésie contenue des
personnages éclate sans crier gare, dans une minuscule chambre triste ou
au détour d'une rue déserte, symbolisée par un baiser teinté de
solitude dont les amants semblent se repaitre comme si c'était leur
dernier repas.
Hong Sang-soo captive les esprits sans s'agiter.
L'intérêt du film réside dans les détails, les discussions échangées au
dessus de verres troubles, dans les lieux que l'on retrouve mainte fois.
En fait, on se sent un peu chez nous, quand bien même le film ne dure
qu'une heure et quart, c'est à se demander s'il n'est pas magicien.
Sungjoon lui-même se retrouve pris au piège, la silhouette lacérée par
les griffes du Temps, le regard troublé par sa prise de conscience :
est-il, finalement, trop tard?
samedi 17 janvier 2015
My Son, My Son, what have Ye done?
Werner Herzog - 2009
Un titre tout en parole, les derniers mots de l'Être par qui est né le Monstre. A moins que ce murmure ne vienne d'en haut, comme l'insinue le troupeau de nuages amassés au dessus du fils. Obsédé par les oiseaux terrestres , mariés à la poussière pour l'éternité, Hanté par la grâce, l'enfant terrible annone des paroles incohérentes à la face de sa dulcinée , à la masse cette gamine, aveuglée. La maison flamants roses, coulisse d'un théâtre permanent, se retrouve, un beau matin de printemps, en état de siège. Tout le quartier est en alerte, Il a frappé dans la baraque des voisins, Herzog s’engouffre dans une gigantesque faille temporelle au goût folie et nous entraine dans les rapides, bien décidé à nous faire boire la tasse. L'aisance du réalisateur pour nous dépeindre des personnages improbables ne faiblit pas, bien au contraire. Taillés à même le vice, les voilà qui s’immiscent sur la scène de crime, vaguement interrogés par l'inspecteur au regard d'acier. Tous ont trempé dans la liqueur divine et trimballent , de plan en plan, les séquelles causées par un Michael Shannon en grande forme. Il a beau être seul contre le monde, sa silhouette est celle d'un prophète aux multiples confessions et son anatomie tout entière, de la pointe de son sabre au bout de ses cheveux bouclés , annoncent la prophétie : l'Histoire se répète, sorte de sphère couleur ballon de basket, et le flambeau doit être passé. Mais à quel prix?
Un titre tout en parole, les derniers mots de l'Être par qui est né le Monstre. A moins que ce murmure ne vienne d'en haut, comme l'insinue le troupeau de nuages amassés au dessus du fils. Obsédé par les oiseaux terrestres , mariés à la poussière pour l'éternité, Hanté par la grâce, l'enfant terrible annone des paroles incohérentes à la face de sa dulcinée , à la masse cette gamine, aveuglée. La maison flamants roses, coulisse d'un théâtre permanent, se retrouve, un beau matin de printemps, en état de siège. Tout le quartier est en alerte, Il a frappé dans la baraque des voisins, Herzog s’engouffre dans une gigantesque faille temporelle au goût folie et nous entraine dans les rapides, bien décidé à nous faire boire la tasse. L'aisance du réalisateur pour nous dépeindre des personnages improbables ne faiblit pas, bien au contraire. Taillés à même le vice, les voilà qui s’immiscent sur la scène de crime, vaguement interrogés par l'inspecteur au regard d'acier. Tous ont trempé dans la liqueur divine et trimballent , de plan en plan, les séquelles causées par un Michael Shannon en grande forme. Il a beau être seul contre le monde, sa silhouette est celle d'un prophète aux multiples confessions et son anatomie tout entière, de la pointe de son sabre au bout de ses cheveux bouclés , annoncent la prophétie : l'Histoire se répète, sorte de sphère couleur ballon de basket, et le flambeau doit être passé. Mais à quel prix?
mercredi 7 janvier 2015
Whiplash
Damien Chazelle - 2014
Les mains crispées sur ses baguettes, Andrew s'entraine derrière la
bête, plein d'espoir. La caméra, posée plus loin, dans le corridor,
observe. Puis se déplace, avalant goulument la distance qui la sépare du
jeune musicien... Fletcher surgit alors dans l'espace musical du
gamin, chamboulant son sobre quotidien à coups de baffes, d'invectives,
de hurlements . Au fil des minutes qui s'égrainent sur fond de Jazz
entêtant, le dominant prend peu à peu ses aises, gagnant du terrain,
tandis que le batteur paye de son sang une place qu'il tente de
conquérir, par tous les moyens.. Le film s'articule autour de paires,
constamment en conflit, et l'objectif se plait à les provoquer, modulant
l'espace à sa guise, bousculant les êtres à grand renfort de mouvements
imprégnés d'audace. L'austérité des décors détone avec la frénésie
contenue dans les cadres, invisible et palpable tourbillon d'émotions,
oiseau rythmique dont les ailes semblent avoir essuyé d’innombrables
tempêtes musicales, et qui jamais ne se pose.
Abandonnant les effets grossiers à l'extérieur du conservatoire, Damien Chazelle pénètre en ce lieu à l'haleine opaque et talentueuse, la silhouette couverte de déférence, l'objectif grand'ouvert , avide d'harmonie...
Les traits tendus du visage d'Andrew vibrent sous les coups de cravache, et sur ses joues dégoulinantes s'esquissent les traces écarlates d'un effort surhumain, d'une fièvre contagieuse : éventrant d'un coup de poing rageur la peau d'un tambour épuisé , le musicien transcende les codes pour ensuite s'engouffrer sur des portées délestées de toute contrainte, baignant son âme tout entière dans un magma de talent pur.
Au détour d'un contretemps , une Clef de Sol furibonde croise le fer avec deux baguettes malmenées par le prodige en transe qui, du plus profond de son être, remercie son bourreau.
Abandonnant les effets grossiers à l'extérieur du conservatoire, Damien Chazelle pénètre en ce lieu à l'haleine opaque et talentueuse, la silhouette couverte de déférence, l'objectif grand'ouvert , avide d'harmonie...
Les traits tendus du visage d'Andrew vibrent sous les coups de cravache, et sur ses joues dégoulinantes s'esquissent les traces écarlates d'un effort surhumain, d'une fièvre contagieuse : éventrant d'un coup de poing rageur la peau d'un tambour épuisé , le musicien transcende les codes pour ensuite s'engouffrer sur des portées délestées de toute contrainte, baignant son âme tout entière dans un magma de talent pur.
Au détour d'un contretemps , une Clef de Sol furibonde croise le fer avec deux baguettes malmenées par le prodige en transe qui, du plus profond de son être, remercie son bourreau.
mardi 28 octobre 2014
Fury
David Ayer - 2014
Robuste et fier, l'animal aux lourdes chenilles cuivrées, tapi dans
l'ombre rassurante d'un cimetière monochrome, observe à travers l'oeil
de son canon 75 mm la proie.. Vêtu d'un uniforme souillé, Hadès, juché
sur sa monture immaculée, trotte imprudemment entre les carcasses
carbonisées des multiples chars tombés au combat, écrabouillés par la
Fureur du conflit et régurgités pêle-mêle sur le sol bourbeux de cette
Plaine des asphodèles hantée par une poignée de chimères dont les
gueules fatiguées n'entravent aucunement leur envie d'en découdre ; le
regard souligné de crasse, les cheveux plaqués à l'arrière de son crâne
épuisé, Wardaddy jaillit sur son bourreau, découpe silencieusement sa
chair et , scrutant le fond de l'âme du blanc cheval, dicte son message
aux Puissants: pas encore. Revenu d'entre les morts , Fury, et, à son
bord, les 4 trompe-la-mort hirsutes, s’octroie quelques instants de
pause, ce qu'il faut de temps pour se réapprovisionner en munitions et
embarquer un gamin au regard éthéré, symbole (un poil trop étudié) d'une
jeunesse intacte porteuse d'espoir.. La bordélique équipée s'engage
alors sur une route pavée de corps fangeux, roulant allègrement sur ces
squelettes broyés à l’extrême , avalés par un sol hostile pétri de
pièges... David Ayer alterne les points de vue (celui du char, de
Wardaddy et d'la recrue) avec aisance et nous propulse dans l’âpreté de
combats virulents, mâtinés de fougue, modulant l'espace-temps au gré de
la folie de ses personnages : impossible d'occulter la dureté des
images, l'agressivité des corps hurlant à la frontière du Trépas. Les
chairs sont malaxées par les griffes de la Guerre, les âmes saignent,
les viandes boursouflées de cadavres ambulants hantent la plupart des
plans, et ce sont bien des larmes d'eau bénite qui ruissèlent sur les
joues du Christ assassiné par balles 7 mm, dépassé par l'horreur d'une
réalité à laquelle il n'appartient plus depuis son sacrifice . Des
cendres du monde annihilé s'élève en volutes discrètes une vulnérable
mélodie composée sur les restes d'un piano centenaire. Les touches
égratignées de l'instrument témoignent de la présence de cette armée de
spectres aux vies tronquées, qui à jamais se battent, à leur manière,
contre l'indifférence.
mardi 2 septembre 2014
Enemy
2013 - Dennis Villeneuve
A pas de loup, patte de velours, discret comme l'araignée qui dans un coin épie ses proies, Jack/Adam/Anthony se tisse une destinée aux multiples détours. Du Langage naissent une poignée de personnages aux desseins complexes, obnubilés par une seule et même entité: la figure féminine. Femme fatale, fidèle ou castratrice, elles envahissent l'espace comme autant de mouches bourdonnantes , attirées par l’odeur douceâtre d'une charogne putréfiée. L’arachnide décide alors de se mouvoir d'une vie à l'autre, moto entre les cuisses, corps tremblants aux bout des doigts, cachant à peine son visage lorsqu'une femelle, du talon, menace de l'écraser.. Mais, à trop vouloir , l'insecte s'éparpille , le fil du récit se déforme - au grand dam des consciences - et l'araignée se retrouve prise à son propre piège : incapable de distinguer le vrai du faux, la voilà qui dévore ses propres fantasmes, annihilant ses chances de rédemption. A l'instar d'un film qui se rembobine ou se regarde en boucle, l'homme araignée désirait juste se créer un univers dont il serait le pilastre central qui jamais ne ploie sous la contrainte, ni le remords .
samedi 9 août 2014
L'Enfer des Zombies ( Zombi 2)
Lucio Fulci - 1979
Emberlificotée contre l'orbite d'un corps putride, une poignée de vers grignote - grignote - grignote et se tortille au son entêtant des percussions vaudous. La mélopée résonne à l'intérieur de cette boite crânienne fondue, cadavre dégueulasse, recouvert d'une terre aux relents de Mort, boum - boum - boum un métronome taré bat la mesure, (splendide travail sur la musique et les effets sonores) affolant toujours plus les rescapés : la trouille lèche leurs corps baignés d'une sueur au goût de sable, car oui, le décor est tropical. Ile mystérieuse et condamnée, eau capricieuse, reflets turquoises, Lucio Fulci a parfaitement choisi son cadre, le modelant au gré de ses envies les plus malsaines. Susan, seins nus, sanglée au maillot , frétillant appas, affrontera seule (et la première) cette démesure. Olga Karlatos n'est pas en reste, bien au contraire : ses apparitions sont certes peu nombreuses mais dégoulinantes d'effroi. Ainsi, l'exquise silhouette aux hanches folles s'approprie la plus géniale séquence du film , le corps pressé contre cette porte vermoulue, bataille acharnée de l'Ombre à la Lumière, elle qui, quelques instants plus tôt , invitait inconsciemment l'horrible créature à la dégustation -visuelle d'abord- de sa chair. Tisa Farrow se montre plus discrète, ne dévoilant que rarement son anatomie, ses émotions.. par souci de prudence, peut être?
D'entrée de jeu l'hémoglobine envahit l'espace, éclaboussant les âmes à
jamais contaminées de ces pauvres bougres embarqués dans cette terrible
histoire mais également celles des spectateurs hébétés. L'idée est de
nous montrer qu'aucune cachette n'est fiable.. c'est pas un pauvre écran
'télé qui va nous protéger, l'océan, des médecins ainsi qu'une flopée
de flingues n'y sont pas parvenus,alors pense-tu que ta zappette suffira
à repousser la menace.. Et puis cette musique entêtante qui s'imprime
dans les esprits, un thème en apparence tranquille qui ne révèle toute
sa puissance qu'une fois le générique de fin achevé... A l'instar de
l’hôpital/sanctuaire de l'île, là où le virus se gargarise de chair et
se propage avidement sur les visages apeurés, le film lui-même semble
être porteur de cette effroyable vérité : la folie d'un petit nombre ne
connait pas de limite à la Terreur de tous les autres.
jeudi 7 août 2014
Night Moves
Kelly Reichardt - 2014
Tapie au sein de l'obscurité rassurante d'une nuit sans étoile,
l'embarcation glisse sa carcasse assassine en un clapotis discret. A son
bord, 3 fantômes, le regard braqué au loin, devinant l'objectif,
immuable construction de béton vêtue, coulée par les hommes, dressant
son indécente silhouette par delà les flots. Le coup est méticuleusement
préparé, pourtant, c'est bien l'ombre du doute qui flotte au dessus des
têtes. L’échine courbée, un bonnet sombre enfoncé jusqu'aux yeux, Josh
s'adonne sobrement aux tâches à accomplir, omettant carrément d'assurer
ses arrières : le gamin, aveuglé, happé par la Nuit, tourne le dos aux
relations humaines, préférant se murer dans un silence aux poses
effarouchées de bêtes sauvages. Ce sont bien les éléments naturels qui
agissent à la place du garçon. Lui qui bouillonne de l'intérieur trouve
une réplique parfaite à sa placidité en ce flot meurtrier de la rivière
qui, enfin libérée, s'amuse à faire ce dont il est incapable :
submerger, envahir . Kelly Reichardt apprivoise la nuit, la filmant
d'abord avec retenue, par bribes, pour ensuite en draper totalement ses
personnages : tout ce qui apparait dans le cadre est englouti, au fond
des yeux du type elle brûle, s'étend jusqu'à bouffer son âme . L'enfant
borné, au service des Ténèbres, doucement se consume sous le joug de
cette entité millénaire dont il semble avoir été forgé, pas tout à fait
prêt encore à se laisser mourir.
dimanche 20 juillet 2014
Under the Skin
Jonathan Glazer - 2014
Le sexe dressé vers les étoiles, le troisième homme s'enfonce sans rechigner dans le liquide de son linceul, l'épiderme frissonnant - la poitrine à demi dénudée de Scarlett hypnotise les rétines, délicat mouvement de balancier initié par ses hanches, les esprits se troublent au contact de son ombre, affamée. Obnubilée par l'invasion en cours, la veuve noire ne prend le temps de rien, emprisonnée dans sa camionnette, à l'affut du moindre corps susceptible d'être possédé. Nul besoin de se restaurer ou de dormir, l'envahisseur est allergique à ce qui fait de nous des hommes. Elle maintient avec application sa figure neutre, aucune émotion ne passe, de la compassion à la peur, aucune faiblesse ne transparaît - quelques sourires tout de même lorsqu'elle accoste ses proies, faut bien ruser.. Mais d'un visage difforme naîtra le questionnement, qu'est ce qui se cache sous ces plis de chair disgracieux? L'ogre aux mains délicates, incapable de bander, la pousse à la faute, jolie pucelle au teint lacté, la voilà qui se réfugie dans les bras de l'homme bon, hors espace, à l'abris du temps. Mais ses semblables veillent, et ce coup d’œil dans le miroir révélateur à tout d'une déclaration de mort : la silhouette vêtue de cuir enfourche sa puissante monture et s'engouffre dans cette terrible chasse à l'autre, au confins d'une galaxie intérieure, trépignante d'envie à l'idée d'être explorée.
mercredi 11 juin 2014
Bikini Dream
imprudent insecte !
une vague provoquée par la grosse sur sa bouée submerge la bestiole
overdose d'H2O, la butineuse voit trouble
par chance une main magnanime recueille délicatement l'insecte
shooté au chlore l'abeille titube quelques instants
avant de s'envoler, un peu groggy, vers d'autres horizons moins mouillés.
mardi 10 juin 2014
Johnny Got His Gun
Dalton Trumbo - 1971
Le râle asséché d'un tambour blessé rythme la démarche mécanique d'une
flopée de soldats décidés à en découdre ; leurs bottes s'enfoncent dans
la glaise sanglante du front, écrabouillant du talon leur destinée
funeste, Johnny fonce tête baissée contre le corps de cette jolie fille
au regard azur, salé comme un sorbet de larmes ,transperçant les
ténèbres à bord d'un train assiégé de fantômes...
La caméra économise
ses forces, en totale symbiose avec le corps déchiqueté du jeune
combattant voué à l'immobilité ; au fond de la tranchée crânienne,
branle-bas de combat! L'armée des rêves piétine avec splendeur souvenirs
émaciés et autres pensées décharnées .. Lorsque doucement des lèvres se
posent sur le torse vibrant du petit soldat de plomb, la nature reprend
ses droits, envahissant sa chair de pulsations d'insectes, noyant ses
membres dans les doux rayons d'un astre oublié. Le travail sur la
lumière est hallucinant : jeu d'ombre et de clarté, coloration
changeante, l'objectif pour unique champ de vision, témoin intransigeant
de cette croisade contre l'interdiction de mourir. La jeune voix de cet
enfant de guerre résonne à chaque plan, guidée par une musique onirique
aux rythmes tendus, cognant ses échos furieux contre les murs de sa
prison, plus seulement corporelle, tremblements de l'âme à jamais
condamnée
dimanche 8 juin 2014
The Rover
David Michôd - 2014
Une bastos dans le bide du jeune fou s'éclate à broyer ses entrailles, la douleur est électrique, léchant ses iris à gros coup de pelle. La silhouette, recouverte d'un ample t-shirt, capture, et ce, à chaque plan, l'haleine décomposée du vide ; le cracha fétide du temps s'accroche à ses manches, l'homme n'est plus qu'une ombre sans contour, valdinguant d'un bout à l'autre du continent, sous le souffle rancunier du dieu Chaos. Les squelettes bouillonnent, le long de ton dos la sueur dégouline, l'air a des relents d'enfer, les doigts se crispent sur les crosses, appuient sur la détente: les guns hurlent à la mort, l'intelligence du réalisateur à capter leur allure, ce sont bien les petits détails qui dominent, pas de place pour Dame raison : des clefs, une boite de conserve, une poignée de balles, telles sont les denrées dont IL a besoin pour avancer. Survivre un peu encore, sur ce sol ravagé, avec toujours cette impression de n'être plus sur Terre : le terrain de jeu est immense, infinies sont les possibilités et la folie s'en donne à cœur joie. La voilà qui trottine, pissant allègrement sur les cadavres que l'épopée engendre, léchant doucement ses babines trouées à l'affût du moindre faux pas : libérés de toute morale les individus se blessent, à 2-3 exceptions près : et c'est là qu'enfin le film dévoile l'étendue de sa puissance : en un regard ou quelques gestes, parfois l'esquisse d'un mot, une fragile alchimie de l'âme se crée , déployant ses ailes poussière par delà l'horizon, invitant les deux nouveaux frères à tendre leurs échines vers un destin moins funeste... Fascinant de la première à la dernière seconde, The Rover se renifle, s'avale comme un coup de poing dans le claquoir. A l'instar de Pierce à bord du 4X4 bosselé, l'on doit quitter notre condition humaine et nous muer en prédateur grondant, la gueule suintant de rage, l'oeil frémissant, rongeant les os de nos victimes jusqu'à en vomir devant l'Eternel.
Mon royaume pour un clébard.
Une bastos dans le bide du jeune fou s'éclate à broyer ses entrailles, la douleur est électrique, léchant ses iris à gros coup de pelle. La silhouette, recouverte d'un ample t-shirt, capture, et ce, à chaque plan, l'haleine décomposée du vide ; le cracha fétide du temps s'accroche à ses manches, l'homme n'est plus qu'une ombre sans contour, valdinguant d'un bout à l'autre du continent, sous le souffle rancunier du dieu Chaos. Les squelettes bouillonnent, le long de ton dos la sueur dégouline, l'air a des relents d'enfer, les doigts se crispent sur les crosses, appuient sur la détente: les guns hurlent à la mort, l'intelligence du réalisateur à capter leur allure, ce sont bien les petits détails qui dominent, pas de place pour Dame raison : des clefs, une boite de conserve, une poignée de balles, telles sont les denrées dont IL a besoin pour avancer. Survivre un peu encore, sur ce sol ravagé, avec toujours cette impression de n'être plus sur Terre : le terrain de jeu est immense, infinies sont les possibilités et la folie s'en donne à cœur joie. La voilà qui trottine, pissant allègrement sur les cadavres que l'épopée engendre, léchant doucement ses babines trouées à l'affût du moindre faux pas : libérés de toute morale les individus se blessent, à 2-3 exceptions près : et c'est là qu'enfin le film dévoile l'étendue de sa puissance : en un regard ou quelques gestes, parfois l'esquisse d'un mot, une fragile alchimie de l'âme se crée , déployant ses ailes poussière par delà l'horizon, invitant les deux nouveaux frères à tendre leurs échines vers un destin moins funeste... Fascinant de la première à la dernière seconde, The Rover se renifle, s'avale comme un coup de poing dans le claquoir. A l'instar de Pierce à bord du 4X4 bosselé, l'on doit quitter notre condition humaine et nous muer en prédateur grondant, la gueule suintant de rage, l'oeil frémissant, rongeant les os de nos victimes jusqu'à en vomir devant l'Eternel.
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