mardi 13 août 2013

Headshot

Pen-ek Ratanaruang - 2012




Le canon du gun mystique plaqué contre sa hanche lui procure une sensation de puissance. Sans trembler, le bon flic dégaine et presse sur la détente *BAM* *BAM* les balles transpercent les chairs, les corps vibrent et s'effondrent, la rage de vivre l'habite, dégouline de sa tête EN VRAC, sans dessus dessus est le monde et ses convictions partent en fumée. Les femmes sont belles, leurs croupes transpirent le Plaisir, borderline, le flic déchu tente de se raccrocher à la corde d'ébène au relent d'amour, en vain. Mystique et violent, sensuel et bestial, Headshot ne fait pas dans la demi mesure : il vit pleinement.

lundi 12 août 2013

L'âge atomique

Helena Klotz - 2012


Une étoile solitaire vomit quelques notes sur le trottoir, deux astres légèrement ivres les saisissent au vol, abasourdis; assourdissante envie d'exister , de poser leurs mains sur un corps frémissant, vivant. Le cadre est sombre, les êtres stellaires : brève et essentielle, tel est le trait de leur existence, fusée rougeâtre qui transperce la raison, errance totale d'un bout à l'autre de l'univers, leur arme? les mots, bien assemblés, les mots qui blessent et qui rassurent, les mots qui plongent en un murmure au fond de l'âme, les mots qui se dispersent, capables de transformer un amas de béton en bruyère, petite giclure de désespoir au coin des yeux, les mots enfin, que personne ne prononce avant l'aurore, les mots encerclés d'Or, les mots sur lesquels on se couche, tremblant de rage, une cigarette éteinte à la bouche...

vendredi 9 août 2013

SYMBOL

Hitoshi Matsumoto - 2009



 Le sexe d'un ange à portée de doigt et l'espace infini d'un esprit joueur sous les pieds, l'Homme ouvre la bouche, ébahi. Happé par la Surprise et manipulé par la peur, le type plonge en plein caucherève avec pour seule bouée l'espoir qu'un de ces interrupteurs l'aide à sortir d'ici. Mais il est prisonnier d'un univers complexe, qui évolue selon ses propres règles : cohérence mesurée, foutoir lapidaire et sushi frais sont bien maitres suprêmes en ces lieux et le catcheur à la peau gluante n'est pas prêt pour ce combat. Matsumoto enchaine les plans culottés comme un samurai shooté au crack les découpages de chair, avec toujours ce soucis de pureté loufoque lové au creux de l'objectif; joyeux bordel onirique que ce "SYMBOL" qui réalise un épatant FACEWASH dans la trogne de son adversaire : l'ennui.



Saya Zamuraï

Hitoshi Matsumoto - 2011



Allongé au bord d'un lac enrobé de pénombre, le samouraï déchu panse ses plaies - les mains habiles de sa progéniture parcourent ses omoplates, couvrant les déchirures de plantes médicinales. Le trou béant de son fourreau suinte la peur et lui rappelle à chaque regard sa condition de banni, l'ombre de sa femme perdue à jamais le hante, triste bonhomme à lunettes en fuite, perpétuelle, jusqu'au jour où.. Sous les yeux éteints du prince Meurtri, Kanjuro Nomi s'éveille enfin, déployant une énergie surhumaine pour tenter de lui arracher un sourire, ne reculant devant aucune pitrerie susceptible d'éveiller l'intérêt du jeune garçon. C'est à cheval sur une poutre mécanique ou bien encore au creux d'un canon géant que l'ancien Samurai déjouera les plans de la Mort, lui décochant de multiples pieds de nez, osant même lui faire face et la heurter de plein fouet. Habilement, Hitoshi Matsumoto insuffle à son oeuvre un vent de douce folie, une brise théâtrale des plus rafraichissante, sans jamais tomber dans l'overdose. Les sourires s'esquissent timidement tandis que les regards pétillent, tout est question de patience et de contraste entre les corps recroquevillés et celui qui explose, le mouvement continu comme arme tranchante contre l'oubli, quelques gouttes d'imagination feront-elles taire l'Hara-Kiri?




samedi 13 juillet 2013

Postman Blues

Hiroyuki Tanaka - 1997 



L'auriculaire coupé roule sur le bois d'une table tachée, dégringole et se cache sous une enveloppe à demi déchirée. Le facteur, d'un geste tremblant, le découvre, quelques centimètres de chair ensanglantée, la course contre la montre est lancée.. L'ombre souriante de la femme rêvée, se dessine au gré des lignes tracées à la main - petit coursier pédale contre ton destin. La valse de la Mort t'attire irrémédiablement, mais tant qu'il te reste des forces, pédale en souriant, les flics la morale les maladies ne peuvent RIEN y changer, l'innocence de tes actes est scellée, l'Ennui lui même baisse sa garde parce qu'après tout, on a tous le droit de vivre et d'aimer.

vendredi 12 juillet 2013

World War Z

Marc Forster - 2013



Angoissée, enragée , les babines retroussées, l'ombre d'un mortifié foudroie la foule en panique, l'est pas normal ce gars là , il hume l'air et se déplace comme un fauve, fais gaffe' ondulation et froissement de taule, le grand bouleversement, radical, l'espèce humaine est menacée, l'espèce humaine est piétinée. Déferlement de corps amochés, le Destin dégueule un torrent d'organismes contaminés, y'en a partout, fanatiques fourmis attirées par les glapissements de peur de ces êtres noyés dans cette farce immense, le cinéma n'est plus qu'une tour de verre que l'on brise à coups de hache, les cerveaux sont touchés, la caméra martelée, du Ciel, silence radio, la liaison est coupée. Tout de même, quelle satisfaction de voir ces colonnes humaines, ces fondations bien vivantes, se former au rythme des battements de peur, personne n'est en sécurité, à part peut être quelques privilégiés dont nous ne feront jamais partie..

dimanche 26 mai 2013

The Tree of Life

Terrence Malick - 2011

L'artiste plonge son âme dans une coupe débordante de grâce, tentant d'atteindre l'Au-delà, l'Univers est son modèle, la Terre sa muse préférée, enchaînement pâteux d'images 'sublimes', à la manière d'un fond d'écran Windows; le manque de cohérence des couleurs agace, le son, pénible grésillement pétrit de voix-off mystico-dépressives ennuie. L'abject mélange des texture a de quoi rendre fou, humain, regarde bien ton oeuvre et rends-toi compte qu'à coup sûr, Dieu s'en foutra. Malgré l’onirisme forcé de certaines scènes, retracer la Création de façon si niaise et étriquée c'est s'avouer vaincu d'avance, des les premières secousses de ces moelleuses méduses diaphanes et muettes, faut-il le rappeler?

samedi 25 mai 2013

Himizu

Sono Sion - 2011 




EARTH QUAKE au travers des chairs et BAM , coup de phalanges dans la gueule. Fringues larges sur des silhouettes un peu trop minces, cris de rage pour les crabes sans pinces, la Girl est mordue et de son sourire se revigore, irresponsables adultes infantilisés, énergiques, esclaves de corps drogués à la vie à la Mort, pour lui, elle plonge sans réfléchir, guidée par le désir.. Vivre pour que l'autre respire, l'humanité a trouvé ses modèles, nés au coeur de ce microcosme bâtit dans la fougue, filmé avec brio, les sens s'agitent et palpitent, la poignée de personnages se suffisant à elle même évolue comme bon lui semble, avec ses torts et ses éclats.. L'échine trempée d'un fantôme aux yeux tristes s'ébroue dans un coin de ma tête, résigné, semblant ne jamais vouloir sombrer - Les poches remplies de cailloux pour autant de symboles, les mains caressent les mâchoires, le souffle court, coupés du monde PORTRAIT détonnant d'un peuple que rien ne brise, pas même la mort d'un enfant. 


dimanche 12 mai 2013

Blissfully yours

Apichatpong Weerasethakul - 2002

Des lambeaux de peau doucement s'égrainent, chez le médecin, sur le siège de la voiture, dans les plis de sa chemise, l'épiderme muant de cet être silencieux imprègne les plans de sa présence transparente, l'histoire, amputée, se déroule au gré des envies des personnages. Weerasethakul a cette manie du détail : plan rapproché sur une fourmi audacieuse, puis sur une bouche, un bout d'omelette, crépitement du papier que l'on défroisse et clapotis de l'eau, nos sens s'éveillent, et c'est au creux d'une rivière qu'un frôlement sensuel s’opère, mouvements précis et pauses latentes, sans autre bruit que celui de la nature, bien vivante. Imprévisible, farouche, cette étrange idylle rengorge de plaisirs, les mains sous l'eau, contemplant ses doigts, la vieille femme , curieusement, se met à rire. 

mercredi 24 avril 2013

Over the edge

Jonathan Kaplan - 1979



A vélo, en skate ou en basket, des grappes de gosses ennuyés arpentent les rues de la ville aseptisée , leurs nuques submergées de soleil, les poches remplies d'espoir. Un stick collé entre les lèvres, une jolie fille au creux de ses bras, Carl profite de son enfance, la mine rieuse mais le regard austère, préoccupé par l’obstination bornée des adultes de croire que tout va bien. Richie, de tout son être, appelle à la révolte, permettant à Carl de laisser libre cours à son imagination, gommant les limites de la raison d'un coup de revolver, bondissant, criant, pillant cette tranquillité maussade qui leur sert de quotidien et dans laquelle les adultes sont drapés. Un jeune oiseau chute et s’éteint dans la poussière, une balle logée dans son aile de vie, le temps s'arrête.. La résistance s'organise, par soucis de vengeance mais aussi de Liberté, un morceau de Rock résonne, les gamins irradient l'espace de leur rage, de leur colère, ils s'amusent , pour la dernière fois peut être, à faire avaler sa hargne à cette autorité menaçante, quitte à en payer le prix. Une ombre en t-shirt, sourire rebelle, mèche indisciplinée lui barrant le front, s'accroche à l'arrière du bus jaune en riant, ultime représentation de l'impressionnante désinvolture avec laquelle Richie se mouvait dans un monde qui n'était pas le sien.


dimanche 21 avril 2013

Lola

 Brillante Mendoza - 2009



Armée d'un parapluie capricieux et d'un gamin agité, Lola claudique à toute vitesse contre 
le Vent, à la recherche de quelques réponses : le nom du meurtrier, le montant du cercueil.. L'enfant désobéissant détale dans un couloir, amenant Lola face au défunt, cadavre silencieux couché dans l'arrière cour d'une morgue régentée à la manière d'une banque , terribles secondes où l'on retient son souffle, les prunelles de la vieille femme flamboient, mais pas question de se laisser submerger. Le poing serré sur un billet trempé, Lola comprend : La Mort est un Business, le temps se calcule en Pesos, pas une minute à perdre, le ciel dégueule des trombes d'eau sur les corps frissonnant, l'image vacille captant l'urgence de l'instant. La vieillesse s'emballe et décide de lutter, par amour ou par fierté, s'armant de toute son expérience pour diriger la barque, une lutte acharnée contre Chronos s'engage. Un tas de chair inerte contre un squelette enfermé, la mâchoire collée entre deux barreaux abîmés, il ne peut y avoir de miracle, Lola le sait.. 




jeudi 18 avril 2013

Le Village de mes rêves

Yoichi Higashi - 1995




Porté par les clapotis indisciplinés de la fraîche rivière, un petit poisson se glisse entre les jambes d'un des gamins, frimousse crispée sous l'ombre d'un large chapeau de paille. Son double barbote non loin de lui, la tête couchée sur une grappe de fleurs, les pieds dans l'eau, une bulle de printemps accrochée à son t-shirt. Une mère aimante, un peu laxiste, un père absent, d'une sévérité folle, et puis ce décor, frivole, immense, voici le cadre dans lequel les deux enfants évoluent. Leurs cris de joie, leurs râles de peine sur la feuille blanche se mélangent, au pied de l'arbre aux trois sorcières ; devant leurs sombres yeux plissés s'étale un spectacle espiègle, parfois cruel, souvenirs prégnants d'une enfance à jamais conquise.

lundi 1 avril 2013

Departures

Yojiro Takita - 2009

Flirtant habilement avec la mort et les corps qu'elle habite , Daigo Kobayashi, le front plissé, se donnant tout entier à l'ouvrage , remue ses phalanges sur les plis immaculés d'un kimono mortuaire. La caméra, discrète, posée auprès des défunts, capte chaque mouvement, chaque relent de vie , sublimant le croque-mort, conférant à son art une dimension céleste. L'alchimie se crée entre le vivant et ses dépouilles, l'âme de la trépassée tremble paisiblement et s'échappe du trou de feu, tentant d'atteindre un Eau-delà gardé par le vieil homme triste, touchant. 

samedi 30 mars 2013

Clip

Maja Milos - 2013 





La Mort et l'Ennui se cherchent et se lèchent, respiration haletante et cuisses écartées, entre les deux corps en mouvement une silhouette se dresse, la jeune fille, muette, tente de s'extirper du canapé pourri dans lequel son cul est niché. Sur ses seins moites, quelques gouttes de foutre esquissent sa destinée, à tout prix l'éviter, des lignes de coke aux goulots ébréchés, sa bouche enfourne tout, le gouffre du désir aspire sa jeunesse, les mains vissées sur son portable, l'objectif se noie en caresses, voltigeant de haut en bas, la queue dans sa mâchoire broyée, JASNA ! Gamine farouche et survoltée, qui d'un mouvement brusque du bassin renverse les étoiles, l'haleine chargée d'alcool les yeux bouillonnants de Vie, la chair féline de la jeune femme esquive avec ardeur l'hypnotisante morosité du quotidien; peu à peu, tous les symboles de l'emprisonnement volent en éclats, dévastés par la folie flagrante de ce tas d'adolescents éberlués, Maja Milos capture leurs âmes puis les laisse se tabasser, baiser et s'embraser dans des ruines suintante d'une innocence à tout prix refoulée. 






lundi 25 mars 2013

The Sun Also Rises

Henry King - 1957 

4 silhouettes grisées par l'alcool se collent aux lèvres de la Lady, sublime créature un peu idiote, qui traînera ses prétendants aux extrémités du monde, de la conscience , inconstante, tantôt triste, d'un simple battement de paupière la voilà souriante. Amante parfaite dans l'excessivité, digne représentante du genre féminin tout puissant, elle apparaît, drapée de blanc, crinière tumultueuse et volage qui doucement caresse ses tendres épaules, le mâle est pris, cette femme, il l'a dans les Os, et nous aussi. L'imposant Taureau du sud, la peau tannée par les giclures du Soleil, un sourire malicieux scotché aux coins de la bouche exécute son hypnotique manège, agitant son tissu rouge sous le nez des prétendants ridicules et laids, rabougris par rapport à cet être solaire, scintillant de fougue et de retenue, n'ayant pour lui que son courage, capturant SON attention avec une facilité déconcertante, la Belle est conquise, oui, mais pour combien de temps? Hexagone amoureux bancale, jeu dangereux , l'ami, fidèle, irrésistible mais Intouchable sert de point de repère à cette jolie forcenée, agrippée à sa bouée sans verge, tous pour se perdre allègrement dans le brûlant souvenir de la divine Vierge, qui jamais, en public, ne se noiera.